Le rêve du cinéma me porte encore

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JACQUES TRÉFOUËL
Le rêve du cinéma me porte encore
Il vient de sortir La mort de près , un documentaire poignant sur Maurice Genevoix – témoin de la Grande Guerre disponible en DVD et récemment diffusé sur France3.
Avec une soixantaine de films, en quelque cinquante ans de carrière, le nivernais Jacques Tréfouël est l’un de nos grands réalisateurs.
Grâce à qui notre région possède une série de documentaires essentielle à la mémoire collective audiovisuelle. Pour survoler ses souvenirs, et évoquer aussi son attachement à sa terre natale, il a accepté de poser sa caméra.. Rencontre avec un homme aussi charismatique que pudique, qui na pas perdu son regard d’enfant.

Article parut dans
NEVERS ÇA ME BOTTE. N°195 DÉCEMBRE 2014-JANVIER 2015

Jacques-Trefouel
Comment est né ce projet de film sur Maurice Genevoix ?
Genevoix est un des auteurs de mon adolescence. J’ai beaucoup travaillé avec Bernard Rapp pour la Collection Un Siècle d’écrivains avais alors un projet qui n’avait pas abouti. Mais l’approche du centenaire de la Grande Guerre présentait une opportunité. Or, avec la Sortie du livre « La mort de près » en poche et le travail de Jean-Louis Balleret pour un numéro spécial de La Camosine, je me suis dit : c’est le moment.
Jean-Louis et moi avons donc co-écrit le film, après accord préalable de France 3 Région Centre.

Tout jeune, rêviez-vous d’ une carrière dans le cinéma ?
A l’âge de 7 ans, j’ai été figurant dans un film. Une demi-journée de tournage… et Ce fut le coup de foudre Le soir, je suis rentré en disant mes parents : je veux faire du cinéma. Ils n’ont pas été très emballés.
Mais je n’ai jamais changé d’ambition. Après mes études classiques et le Service militaire, j’ai fait une école de cinéma… avant trente-six petits boulots.

Quel fut le déclic de vos débuts ?
Mon premier pied dans ce métier fut en 1968 sur le tournage de Goto, lle d’amour un film de Walerian Borowczyk avec Pierre Brasseur. J’étais deuxième assistant du réalisateur Puis en 1971, je suis rentré à l’ORTF comme assistant de Claude Santelli, une référence.
Avec lui ai découvert les productions , longues, et surtout le genre documentaire. Tout en continuant faire d’autres films et courts métrages.
Ma première fiction pour le petit écran, je lai réalisée à Nevers. C’était en 1975, le film s’appelait : Un Voyage en province Avec Suzanne Flon et Henri Virlojeux.

Quel est votre plus beau souvenir professionnel ?
Pas facile… Je dirais le film La Ville Noire en 1980, adapté d’un livre de George Sand. Ce fut une rencontre inoubliable avec Henri Virlojeux. Il y  a aussi ce téléfilm, tourné à Saint-Pierre Le Moûtier, que j’aime beaucoup : « Le père Noël revient de guerre ». C’était en 1981 avec Catherine Frot. Ah, des rencontres, il y en a eues… tant. Mais j’ai une vraie tendresse pour Maurice Ronet que j’ai connu. Un homme délicieux, plein de délicatesse.

Qu’est-ce qui a tellement changé dans le art selon vous ?
C’est une bonne question… L’écriture, je pense. Oui ! Il n’y a plus le souci dune écriture disons cinématographique. Tout est permis mais ne suscite pas des choses toujours intéressantes ! Je trouve aussi que l’émotion s’éloigne. J’en ai de moins en moins au cinéma. La production actuelle est souvent Commerciale… Je vous dis cela, tout en étant persuadé que je suis un peu à la marge. Mais bon, le rêve me porte encore !

Avec les Films du Lieudit, vous avez créé une série de documentaires unique?
Tout est parti d’un premier documentaire sur le flottage du bois en 1995. Et surtout de ma rencontre avec l’auteur Daniel Hénard, devenu l’un de mes plus proches complices. Avec lui, retraité de l’enseignement, nous avons multiplié les projets dans la Nièvre . D’où cette collection produite par les Films du Lieudit, créés en 1999. Elle rassemble 14 Volumes: Jules Renard, Simenon, Vauban, Vieuchange, Pergaud ou les nourrices du Morvan..

Quel personnage de cette collection vous a le plus marqué?
Colette. J’ai une vieille relation de lectures avec elle. Et Charles Loupot aussi.

Lequel aimeriez-vous ajouter?
Romain Rolland Ou Claude Tillier.

D’où vient votre attachement la Nièvre ?
De ma famille maternelle. Ma maison de Saint-Bonnot était celle de mes grands-parents. Celle où ma mère est née. Enfant, j’ai passé toutes mes vacances dans la Nièvre.

 Que faites vous quand vous ne tenez pas la caméra ?
Je lis beaucoup. Sinon des brocantes… et j’achète des livres. Il y avait peu de livres chez mes parents, alors je me disais qu’en avoir un, c’était posséder quelque chose d’important. Il m’arrive décrire j’avais co-écrit le livre sur Millien. Pour le cinéma, j’ai beaucoup adapté. Au fond, je préfère dire les choses par l’image.

Quel serait votre projet de cœur aujourd’hui ?
Je voudrais terminer sur une fiction ! Il me reste à l’écrire… En 1991, j’ ai réalisé un long métrage : Les eaux dormantes avec Galabru, Gélin, Tsilla Chelton… Vous savez, un grand film, marque. La retraite ? Je ne connais pas ce mot.

Tant que la Somme des emmerdements sera inférieure au plaisir que je prends, je continuerais !